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Humeurs

Reprendre ses études à 35 ans, ou l’art de l’insomnie !

Quand on est gosse, on prend souvent nos parents pour des vieux cons à force de les entendre nous rabâcher de travailler à l’école. Je n’ai pas fait exception, et je dois reconnaître que je n’ai jamais réellement pris au sérieux ces histoires d’orientation scolaire. L’ennui, c’est que justement j’aurais dû ! Je partais pas mal handicapée dans la vie (vous l’avez ?) et il n’était franchement pas nécessaire de tirer une balle de plus dans ces pieds déjà bien inutiles… Mais je n’ai pas fait les bons choix, et je m’en suis rendu compte trop tard.

Après mon bac, je suis partie pendant un an en licence d’anglais et trois ans en licence de droit, pour finir graphiste autodidacte pendant plus de 11 ans ! J’ai eu de chouettes clients, et j’ai bossé pour de grandes agences de communication parisiennes, grâce auxquelles j’ai appris les rouages d’un boulot longtemps adoré. Sauf que j’ai mûri durant tout ce temps, sans parler du métier en lui-même qui s’est transformé, et je suis devenue larguée. Les jeunes graphistes étaient plus branchés, plus polyvalents, et répondaient à des exigences nouvelles contre lesquelles je pouvais difficilement lutter. En 2016, mon chiffre d’affaires s’est effondré, je suis passée d’un revenu mensuel très confortable à l’équivalent d’un RSA. Fin 2016/début 2017, les choses ont empiré. Des soucis de santé se sont rajoutés, et je n’avais plus mes allocations d’invalidité, car je gagnais trop d’argent deux ans auparavant (les joies de l’administration française qui calcule certains droits avec deux années de décalage). Je ne sais pas par quel miracle je m’en suis sortie, mais j’ai pu tenir jusqu’au moment de récupérer mes droits, même si je paye encore des dettes de cette époque aujourd’hui.

Quoiqu’il en soit, une fois ma vie remise sur les rails, j’avais deux options : relancer mon entreprise comme si je démarrais à zéro, ou passer à autre chose. Choisir la première solution impliquait beaucoup d’énergie et de passion, j’étais déjà passée par là en 2006 donc j’en savais quelque chose, et je n’avais ni l’une ni l’autre (ou du moins, je n’avais plus la seconde nécessaire à la première). Je regrettais mes choix d’études supérieures depuis plusieurs années, malgré une activité fructueuse à l’époque, et je lorgnais déjà sur la licence de Lettres Modernes de Rennes en 2012. C’est dans cette voie que ma prof de littérature du lycée avait essayé de m’aiguiller après le bac, une femme exceptionnelle, mais tout comme avec mes parents, je n’ai pas écouté. Ce qui n’était qu’une banale anecdote s’est peu à peu transformé en un regret ardent qui me hantait tous les jours. Et il aura fallu attendre que je sois enfin épanouie dans ma vie pour oser sauter le pas l’année dernière, soit six ans après le début de ma réflexion. Oui, je suis un peu longue à la détente !

Je suis donc repartie le cœur vaillant dans les méandres de l’administration universitaire, et après une procédure longue et fastidieuse, j’ai été acceptée dans le cursus. Je suis une heureuse étudiante de première année en Lettres Modernes depuis septembre dernier, entièrement à distance en plus de mon boulot. Je ne vais à la fac que pour les examens, et j’attends actuellement les résultats du premier semestre que j’ai passé en janvier. Honnêtement, je dois bien reconnaître que jusqu’ici, c’est une sacrée expérience !

Les premières semaines ont été compliquées, car je ne savais plus comment étudier (depuis le temps !). J’ai fait énormément d’erreurs d’organisation. J’ai passé du temps sur des points inutiles, et je me suis retrouvée totalement débordée au début des partiels de décembre. Entre les études, le boulot et les autres projets, les journées étaient trop courtes, et il a fallu trouver une place pour chaque chose. J’ai pris un vrai rythme de merde ! Aujourd’hui, je n’arrive plus à dormir avant 3 ou 4 h du matin, alors que mes infirmiers viennent me lever à 9 h 30, et je suis devenue la reine de la sieste entre 14 h et 15 h ! Actuellement, il est 3 h du matin, et mon adorable futur mari (dont j’ai besoin pour aller me coucher) essaie de me convaincre, en baillant comme un bienheureux, qu’il n’a pas envie de dormir et que je peux finir cet article. Les jours passent et ça ne s’arrange pas malheureusement, mais au moins on en rigole !

En tout cas, je n’ai jamais été aussi sûre d’être sur la bonne voie. Mes premières notes sont excellentes, les appréciations élogieuses, et j’ai pu ressortir ma plus belle trousse du lycée ! J’avais peur de me planter en beauté, mais à en croire certains professeurs, je suis vraiment à ma place. J’ai un projet professionnel qui me tient énormément à coeur au bout de ces trois ans, mais je ne veux pas en parler tout de suite, j’aurais l’occasion d’y revenir plus tard. Pour le moment, je me contente de cette incroyable sensation de bonheur de pouvoir presque le toucher du bout des doigts. Malgré les deux licences entamées il y a 15 ans, je ne suis allée au bout d’aucune car je n’avais rien à y faire. Je n’ai jamais passé mes derniers examens de droit, et par conséquent je n’ai jamais validé mon diplôme. Techniquement, je n’ai donc que mon bac, et au-delà de la reconversion souhaitée, c’est aussi la raison pour laquelle cette licence est importante pour moi. Je veux me prouver que je suis capable de faire mieux, et qu’à défaut d’avoir des jambes fonctionnelles, je sais au moins me servir de mon cerveau.

Alors oui, c’était vraiment gênant de me retrouver en amphithéâtre avec tous ces petits jeunes de 20 ans qui passaient leurs examens en même temps que moi. Je me suis sentie incroyablement vieille, même si je dois reconnaître que physiquement, je donnais le change (merci aux bons gênes de mes parents, j’ai l’air d’une gamine) ! Mais au final, je sais que c’est cette expérience de la vie qui va me permettre de réussir, parce que si j’avais fait cette licence il y a 15 ans, j’aurais sans aucun doute échoué tellement j’étais insouciante et inconsciente. Finalement, c’est certainement un mal pour un bien que les choses se soient déroulées de cette façon !

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