Horreur & Thrillers

[Critique] La Part des Ténèbres, de Stephen King

Aujourd’hui, je vous propose un petit retour dans le passé, avec un vieux roman de mon idole : Stephen King. En effet, malgré mon obsession pour cet auteur depuis près de 20 ans, il reste certains de ses livres que je n’ai toujours pas lu. Une façon pour moi de prolonger le plaisir en quelque sorte. C’est ainsi que mon cher et tendre, fan du monsieur lui aussi, m’a suggéré La Part des Ténèbres (The Dark Half en VO) qui figurait déjà en bonne place sur ma liste ! Et comme j’écoute toujours ses suggestions, je me suis laissée tenter.

Mais avant d’aller plus loin, place au résumé de l’éditeur :

Tu croyais pouvoir te débarrasser de moi. Tu pensais qu’avec un enterrement bidon pour mes fans et pour la presse, tout serait réglé. Tu te disais : « Ce n’est qu’un pseudonyme, il n’existe même pas. » Tu te disais : « Fini George Stark, maintenant consacrons-nous à la vraie littérature… » Pauvre naïf ! Ça a dû te faire un choc quand tu as vu la fausse tombe grande ouverte, hein ? Et cette série de meurtres abominables ? Exactement comme dans nos romans ! Sauf que cette fois, c’est réel, bien réel. Non, ne t’imagine pas que tu vas pouvoir si facilement te débarrasser de moi, Je suis ton double, ta part de ténèbres… Et j’aurai ta peau !

La Part des Ténèbres raconte l’histoire de Thad Beaumont, un écrivain dont les romans n’ont rencontré qu’un succès confidentiel malgré leur qualité. Pour palier à cette situation, et aussi pour se débloquer d’un point de vue artistique, il décida de se créer un pseudonyme, George Stark, sous lequel il écrivit des thrillers d’une grande violence. Il lui inventa une véritable identité fictive, de son physique en passant par sa vie, faisant croire au reste du monde que Stark était une vraie personne. Tous les livres écrits sous ce nom rencontrèrent immédiatement un grand succès, au point de finir sur la liste des best-sellers. Mais cette technique avait un prix. À chaque roman que Beaumont écrivait sous le nom de Stark, l’écrivain rentrait dans une phase de seconde personnalité, effrayant au passage son épouse, bien que la différence était en apparence minime. Vint le jour ou l’un de ses fans découvrit le pot aux roses, et le menaça de livrer la nouvelle aux médias à moins d’une petite compensation financière. Beaumont n’étant pas décidé à obtempérer, et réfléchissant déjà depuis quelques temps à abandonner son alter ego, il décida d’anticiper les déclarations du maître chanteur en rétablissant lui-même la vérité au public. C’est ainsi qu’il avoua la supercherie dans le magazine « People », et mit en scène la mort et l’enterrement de Stark via un reportage photo à tendance comique. Voici le point de départ du roman, juste après la publication du reportage dans le magazine sus-cité.

À compter de cet instant, tout va échapper au contrôle de notre héros, et les choses vont prendre une tournure totalement démente. Ce qui n’était au départ qu’une personne fictive, va finalement prendre vie et sortir de sa tombe, sans que l’on ne sache pourquoi ou comment. George Stark devient bien vivant, et compte faire payer Thad de l’avoir abandonné. Pourvu d’une force surhumaine, il va commencer en semant le chaos tout autour de Beaumont. Voisin, journaliste et photographe ayant participé au reportage, ou encore éditeur, autant de personnes qui vont être massacrées pour assouvir sa soif de vengeance. Son but ultime étant bien évidemment de s’en prendre à Thad et sa famille, mais non sans avoir obtenu une petite « faveur » auparavant.

Je ne reviendrai pas sur la qualité de l’écriture ou le style de l’auteur, car il est question de Stephen King et il n’y a plus grand chose à en dire. Cet homme est un génie ! Pardonnez-moi si cela sonne comme un manque d’objectivité, c’est peut-être le cas, mais il n’empêche que je le pense sincèrement. Aucun autre écrivain ne maîtrise aussi bien ses personnages, son histoire et son suspense. En tout cas, aucun que je n’ai lu, et pourtant je suis une grande lectrice. La Part des Ténèbres n’échappe pas à cette règle, et King nous plonge dans un univers aussi violent qu’oppressant, avec des protagonistes tous plus vrais que nature. Une fois de plus, il m’a été difficile de lâcher ce roman avant la fin, même pour manger ! N’est-ce pas là le signe d’un livre réussi ? Je pense que oui.

La grande particularité de celui-ci réside dans l’aspect « autobiographique » que l’on peut y déceler. Nul n’est sans savoir que l’auteur a écrit pendant de nombreuses années avec un pseudonyme, Richard Bachman, avant d’être finalement démasqué par un fan. King lui dédia donc La Part des Ténèbres. Il avait agi exactement comme son héros, en inventant une vie et en donnant un visage à cet alter ego. Toutefois, leurs chemins se séparent sur les raisons l’ayant poussé à cette démarche, puisqu’il ne l’a pas fait pour des raisons artistiques mais pratiques, au contraire de Thad Beaumont. En effet, son éditeur ne lui prenait qu’un livre par an à son nom (pour ne pas désorienter le public), alors qu’il se sentait d’en écrire plus. Il a alors convaincu ce dernier de le publier également sous un pseudonyme. À travers cette tactique, Stephen King voulait aussi savoir si son succès tenait vraiment du talent ou plutôt de la chance. Il a donc fait en sorte que les livres de Bachman ne bénéficient pas d’une grande promotion à leurs sorties. Une fois sa véritable identité découverte par un jeune étudiant en 1985, il n’écrivit plus sous ce nom. Seuls deux livres furent édités après cela, deux oeuvres qu’il avait terminé avant la révélation de la supercherie, et qui furent rendus public conjointement avec le nom de King.

J’aime particulièrement la morale qui se cache derrière l’histoire de Thad. Concrètement, George est sa part d’ombre, son jumeau (cette notion prend tout son sens à la vue du passé de notre héros, que je vous laisse découvrir par vous-mêmes), celle que nous avons tous en nous, à la différence que la sienne a pris vie de façon autonome. Si on lit entre les lignes, on peut comprendre que le mal ne vient pas nécessairement des autres, mais qu’il vit en nous à chaque instant. C’est une vérité inéluctable lorsqu’on y pense. On se rend vite compte d’ailleurs que, malgré la menace que représente Stark envers lui et sa famille, Beaumont garde une pointe d’admiration pour lui, et inversement. Il y a une complicité latente entre les deux, qui démontre bien qu’ils ne sont pas si différents. Ce roman est en quelque sorte une réflexion sur la dualité de l’être humain et sur les démons qui nous habitent.

La Part des Ténèbres est un grand Stephen King. Plus de 500 pages de tension et d’humour noir, le tout construit autour de chapitres dynamiques alternant les points de vue. Un must du genre, à lire sans tarder.

L'auteur : Morrigane

Myopathe trentenaire dévergondée • Vieille étudiante en Lettres Modernes • Autrice • Rédactrice & CM freelance • Blogueuse #PopCulture #Écriture #Lifestyle • Gameuse à mes heures perdues
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