Humeurs

Oh capitaine, mon capitaine…

Chère Madame Sommer,

Durant mon année de Terminale, promotion 2001-2002, j’ai eu la grande chance de croiser votre route. Professeur de Lettres aussi brillante qu’exigeante, vous nous avez initié à l’étude de fantastiques histoires, comme celles de Tristan & Yseult, Antigone, ou encore l’émouvant Si c’est un homme. Autant de livres qui m’auront marquée chacun à leur façon, tout comme votre enseignement.

De toute ma scolarité, je n’ai jamais été aussi impatiente de retrouver l’un de mes professeurs avant un cours. Je n’étais pourtant pas une élève très impliquée, je me contentais du minimum syndical pour obtenir mon baccalauréat. Mais avec vous, les choses étaient très différentes. J’étais fascinée par vos analyses littéraires, et je n’ai plus jamais lu un livre de la même façon après vous avoir connu. Je prenais un plaisir fou à vous rendre des copies dans lesquelles chaque tournure de phrase était soigneusement réfléchie. C’est avec vous que j’ai découvert le plaisir d’écrire, et c’est grâce à vous qu’aujourd’hui encore j’analyse mes lectures au sein même de ce blog. Vous avez réveillé quelque chose en moi, une passion qui ne m’a plus jamais quittée depuis : l’écriture.

Un jour, je vous ai confié les quelques pages d’une histoire que j’avais imaginé. Ma toute première fiction. Je tenais absolument à avoir votre opinion, même si le genre fantastique n’était certainement pas ce que vous préfériez. Vous l’avez lu malgré tout, et sans faire de longs discours, vous m’avez rendue les feuillets avec cette annotation : « Beaucoup de potentiel. Il y a l’âme d’un écrivain en vous. Creusez le sujet ! ». Suite à cet épisode, lors d’une réunion parents/professeurs, vous avez dit à ma mère (tout en me regardant malicieusement) que j’avais un don pour l’écriture, et que je devrais sans aucun doute m’orienter dans cette voie. Malheureusement, par manque de maturité peut-être, je ne vous ai pas écouté… Et depuis plus de 10 ans, il n’y a pas une seule journée qui passe sans que je ne le regrette amèrement. Mon envie d’écrire n’a jamais été aussi forte qu’aujourd’hui, et si j’avais suivi vos conseils, Dieu seul sait où j’en serais à présent.

Vous avez été une professeur exceptionnelle, et je ne vous ai jamais oublié au contraire d’autres dont je ne me rappelle même plus les noms. J’aurais tant voulu pouvoir vous dire tout cela directement, mais la vie en a décidé autrement Jeudi dernier. Alors j’espère secrètement que de là où vous êtes, vous aurez connaissance de ces quelques mots.

Merci pour tout.

Isabelle Sommer
Professeur de Lettres au lycée Les Cordeliers – Dinan

L'auteur : Morrigane

Myopathe trentenaire dévergondée • Vieille étudiante en Lettres Modernes • Autrice • Rédactrice & CM freelance • Blogueuse #PopCulture #Écriture #Lifestyle • Gameuse à mes heures perdues

1 commentaire

  • C’est très touchant, j’aurai aimé avoir aussi un professeur qui a fait la différence, seulement je n’ai pas encore assez de recul sur mes études et puis, je n’ai jamais aucun professeur avec lequel j’étais impatiente d’aller en cours !
    Amicalement,
    Ludivine.

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