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[Critique] Whitechapel, de Sarah Pinborough

Voici maintenant une bonne semaine que je me demande par où commencer mon billet sur ce bouquin. Je l’ai tellement aimé, tellement trouvé ingénieux dans son traitement, que je ne sais pas comment vous en parler. Alors, débutons par la présentation de base !

Whitechapel est un livre de Sarah Pinborough, auteur également de trois réécritures de contes assez connues (Poison, Charme, Beauté pour ne pas les citer), et publié en France le 17 Septembre dernier aux éditions Bragelonne. Petite parenthèse concernant ces derniers, il s’agit du second livre de ma bibliothèque issu de leur collection L’Ombre. Le premier avait été Snowblind, dont je vous ai parlé il y a quelques semaines. C’est donc une collection qui s’avère jusque là… bien flippante ! Je la conseille aux amateurs du genre.

Londres, 1888. Lorsque des cadavres de femmes atrocement mutilées sont repêchés dans la Tamise, le médecin légiste Thomas Bond comprend qu’un second tueur sévit dans les rues de Whitechapel. Or cet assassin paraît plus inhumain que Jack l’Éventreur lui-même…
Pour lutter contre ses insomnies, le docteur Bond passe ses nuits dans les fumeries d’opium. Chaque soir, un inconnu en noir vient examiner les rêveurs perdus dans les brumes opiacées. Pourrait-il être la clé du chaos qui s’est emparé de la capitale ?

Dans ce roman, Pinborough s’essaye à un mix des genres, entre fantastique et horreur. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il s’agit d’une franche réussite ! Dès les premières pages, j’ai été emporté par ce Londres victorien que l’auteur nous décrit si brillamment. Elle réutilise avec brio le cas de Jack l’Éventreur, pour en faire la toile de fond d’une sombre histoire flirtant souvent avec les limites du gore. Moi qui m’attendais à un livre « grand public », ou tout du moins à quelque chose de plus gentillet, j’ai été plus que surprise… Mais n’allez pas croire qu’il s’agit d’un énième livre sur le célèbre tueur. Ce dernier n’est présent qu’au travers de quelques phrases disséminées ici et là. Judicieusement, Sarah Pinborough a choisi de nous parler d’un autre assassin. Un meurtrier qui a bien existé lui aussi, qui tout comme ce bon vieux Jack a sévi dans le Londres de la même époque, mais qui a été beaucoup moins « médiatisé » par la suite. Le tueur de la Tamise.

Et c’est bien là que réside la force de ce livre ! Tout y est presque historique, jusqu’au Docteur Bond, le « héros » du roman, qui a effectivement travaillé sur les meurtres des deux serial killers. Plus qu’une simple fiction, c’est presque un document d’archives que nous présente l’auteur. Presque, car l’aspect réaliste de l’histoire a ses limites ! Il ne faut pas oublier que Pinborough se sert de ces faits avérés, pour créer une histoire fantastique à base de récits folkloriques et de légendes venues d’Europe de l’Est. Pour elle, le tueur de la Tamise n’est pas qu’un simple tueur, et son destin est indirectement lié à celui de Jack l’Éventreur. Je ne peux pas trop en dire sous peine de méchamment vous dévoiler les points essentiels, mais son twist est judicieusement bien trouvé, bien amené, et surtout parfaitement cohérent avec la vague d’horreur qui a déferlé sur le Londres de l’époque.

Plus que tout, Sarah Pinborough ne nous épargne rien. Elle n’est pas avare en détails, et nous décrit des scènes de tortures ou de crimes avec la précision d’un chirurgien. Elle se lâche, et a de la matière pour le faire, puisque le tueur de la Tamise est beaucoup plus sadique et monstrueux que Jack. C’est vous dire… Les meurtres du second paraissent presque fades à côté de ceux dont il est principalement question ici. Je ne suis pas une lectrice facilement impressionnable, et il faut se lever de bonne heure pour me dégoûter durant une lecture, mais avec ce roman j’ai eu des hauts-le-coeur à plus d’une reprise. C’est un style ! On aime ou pas, mais ce livre est un véritable petit bijoux pour les fans de frissons et amateurs d’angoisse.

Je terminerai sur la qualité de l’écriture de l’auteur, et Dieu sait que je suis difficile en la matière. Moi qui craignait le pire, comme d’habitude lorsque je découvre un nouvel écrivain, j’ai été scotché par la puissance de sa plume. Les pages s’écoulent avec une fluidité rarement égalée, les dialogues sont frais et parfaitement maîtrisés, et les diverses descriptions de la ville sont absolument sublimes. Le Londres de la fin du XIXe siècle y est tellement bien détaillé, tellement réaliste, que je pouvais presque sentir l’odeur des rues et les pavés sous mes pieds. J’ai plongé dans ce roman avec toute mon âme, et pour la première fois depuis longtemps j’ai très mal vécu de le terminer. J’étais presque en manque de ces personnages, de cette ville, et de cette ambiance. Il s’est passé deux semaines depuis que j’ai refermé la dernière page de Whitechapel, et je viens seulement de pouvoir ouvrir un livre à nouveau.

Certainement mon coup de coeur de l’année 2014, je le recommande chaudement à tout ceux qui aiment ce style d’histoires. C’est un must du genre ! Sarah Pinborough frôle le génie, en mélangeant astucieusement faits historiques et éléments paranormaux. Il s’agissait pourtant d’un exercice difficile, avec lequel elle aurait pu tomber dans certaines facilités. Fort heureusement, elle a su les éviter, pour nous livrer un roman aussi abouti que complexe. J’attends impatiemment que les éditions Bragelonne publie la suite, quitte à me le procurer en VO si le délai s’avère trop long.

L'auteur : Morrigane

Myopathe trentenaire dévergondée • Vieille étudiante en Lettres Modernes • Autrice • Rédactrice & CM freelance • Blogueuse #PopCulture #Écriture #Lifestyle • Gameuse à mes heures perdues

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