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[Critique] Docteur Sleep, ou l’art de dévorer un roman

Vous allez certainement vous dire que mon cas est désespéré, mais oui, je vous retrouve une fois de plus avec un roman de Stephen King. Ceux du fond là-bas qui me huent et me disent de varier les plaisirs, sachez que je vous dis zut ! Plus sérieusement, j’ai un gros retard à rattraper en matière de King, donc vous risquez effectivement de vous retrouver avec de nombreuses chroniques le concernant durant les semaines à venir. Mais promis, mes trois prochaines lectures ne le concernent pas. Vous connaîtrez donc un court moment de répit.

Quoiqu’il en soit, il sera donc question aujourd’hui de l’excellent Docteur Sleep, sorti en France le 30 Octobre 2013, et pour lequel le maître avait lui-même fait le déplacement afin d’en assurer la promotion. Une venue aussi rarissime qu’exceptionnelle, et qui restera ancrée, pour des décennies encore, dans l’esprit des fans absolus dont je suis fière de faire partie.

Ce roman est la suite du désormais culte Shining, publié chez nous en 1979, fleuron de l’oeuvre « Kingienne », et certainement l’un des livres les plus captivants qu’il m’ait été donné de lire. Ce dernier mettait en scène Jack Torrance, père de famille, écrivain et alcoolique, obligé d’accepter un poste de gardiennage dans un hôtel de standing, afin de subvenir aux besoins de sa femme Wendy et de Danny, son fils de cinq ans. L’hôtel en question, isolé dans la montagne et fermé pendant l’hiver, se trouvait être en fait le théâtre d’événements surnaturels terrifiants. Pendant que Danny devenait le témoin privilégié de l’horreur « vivant » entre ces murs, grâce notamment à son Don, Jack lui se retrouvait peu à peu possédé par l’esprit de l’hôtel, et finissait même par perdre la raison. C’est donc après cet événement que Docteur Sleep vient se greffer.

L’HISTOIRE

Dans ce roman, nous retrouvons Danny Torrance, des années après l’histoire de l’hôtel Overlook. Aujourd’hui adulte, il garde néanmoins de nombreuses séquelles psychologiques de cette période sombre. Toujours doté de son Don, il se construit une vie de vagabondages, et noie ses aptitudes spéciales dans l’alcool. Au gré de son périple, il débarque finalement à Frazier, petite ville du New Hampshire, où il fait enfin les bonnes rencontres qui changent sa vie. Mais alors qu’il réussit peu à peu à s’intégrer dans la communauté locale, un terrible événement vient tout remettre en question. Obligé de secourir Abra, une jeune fille ayant le Don dans des proportions autrement plus importantes que les siennes, il se retrouve aux prises avec des démons bien trop puissants pour lui. Démarre alors un véritable jeu du chat et de la souris, dont l’issue est loin d’être assurée pour le clan de Danny.

UNE SUITE ATTENDUE AU TOURNANT

Comme je le notais un peu plus haut, Shining est l’une des références les plus connues dès qu’il s’agit de parler de Stephen King. Il fait typiquement partie de ces livres que l’on place sur un piédestal pour ne jamais l’en descendre. Sachant cela, écrire sa suite s’avérait donc être un pari des plus risqués, et de nombreux doutes germèrent dans l’esprit des lecteurs à son annonce. Force est de constater que le maître nous a une fois de plus bluffé, puisque ce livre est une très grande réussite à bien des niveaux. Le point le plus positif à mes yeux étant qu’il ne s’agit pas d’une simple suite justement. Il aurait été facile de faire un Shining numéro deux, trop facile justement. Il fallait innover, d’une manière ou d’une autre, et c’est bien ce que l’auteur a fait. Tout en gardant des liens indéfectibles avec Shining, l’histoire n’a strictement rien à voir avec celle de ce dernier. Au contraire, elle ouvre la porte à de multiples perspectives inexploitées, et auxquelles il fallait surtout penser ! C’est brillant. Je ne vois pas comment le dire autrement.

UN RYTHME SOUTENU

D’entrée de jeu, le suspens nous prend aux tripes pour ne plus jamais nous lâcher. Là où certains livres de King mettent du temps à démarrer, celui-ci nous plonge directement dans un bain de mystère et d’angoisse. Pour ne rien gâcher, les chapitres sont courts, fluides, et se succèdent à un rythme des plus soutenus. Ces derniers s’articulent exclusivement autour de trois personnages principaux : Danny, Abra, et Rose the Hat. Cette succession incessante de points de vue crée une lecture haletante, et une attente indescriptible. C’est bien simple, je n’ai pas décroché de ce livre dix heures durant… L’histoire va crescendo, et se déroule comme un compte à rebours dont l’issue est quasi inexorable.

UNE PLUME AU SOMMET DE SON ART

Le contraire aurait été étonnant, mais la plume de Stephen King nous immerge une fois de plus totalement dans cet univers inquiétant. Il n’y a que lui pour parvenir de cette façon à me faire complètement oublier le monde extérieur. Pendant ces quelques heures de lecture, j’étais avec Danny. Littéralement. Les personnages, quant à eux, sont hauts en couleurs, et dotés d’une psychologie fouillée parfaitement crédible. Danny est un homme gentil, mais c’est aussi une épave qui tente de se reconstruire petit à petit. Abra est une adolescente adorable, brillante, un peu naïve, mais qui cache une grande force malgré son jeune âge. Rose the Hat est la parfaite méchante, mélange idéal d’une femme magnifique à l’allure folle et pourtant si délicieusement diabolique. Chaque individu intervenant est cohérent avec lui-même, du début à la fin, et c’est d’ailleurs ce qui va finir par entraîner la perte d’un certain nombre d’entre eux.

UNE RÉFLEXION SOUS-JACENTE

King a beau être ce que l’on appelle communément un auteur « populaire », il y a bien plus derrière toutes ses histoires que de sombres récits de fantômes et autres êtres maléfiques. Docteur Sleep ne fait pas exception à cette règle. Toute la base de ce livre repose sur la relation que Danny entretient avec son passé ! Comment survivre après un événement si dramatique que celui de l’hôtel Overlook ? Comment se reconstruire après avoir vu le Mal dans tout ce qu’il a de plus pur ? De façon plus générale et réaliste, quelles sont les conséquences psychologiques d’un événement traumatisant sur un enfant de cinq ans ? Autant de questions qu’aborde l’auteur dans cette histoire. Sans parler de l’alcoolisme, de la reproduction du schéma paternel, de la vie après la mort. Stephen King ne se contente pas de nous faire frémir, il veut aussi nous faire réfléchir, et il y parvient brillamment.

LE MOT DE LA FIN

Sans être LE roman de King, ce livre est malgré tout l’un des meilleurs qu’il ait publié ces dernières années. Il est maîtrisé de bout en bout, et aborde de vraies questions existentielles sous ses airs terrifiants. Ceux qui ont lu Shining retrouveront son univers avec plaisir, et les autres peuvent sans soucis s’y plonger puisque l’histoire est indépendante du premier. Je ne peux que vous conseiller cette lecture en ces temps halloweenesques.

L'auteur : Morrigane

Myopathe trentenaire dévergondée • Vieille étudiante en Lettres Modernes • Autrice • Rédactrice & CM freelance • Blogueuse #PopCulture #Écriture #Lifestyle • Gameuse à mes heures perdues
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