Coups de cœurSF & Fantastique

[Critique] Nuit noire, étoiles mortes : terrifiant et diabolique

Comme je l’ai annoncé sur Twitter il y a quelques heures, le mois d’Octobre sera placé sous le signe de la terreur et du fantastique. En effet, j’ai décidé de participer au Hallowctober, une idée de Fairy Neverland, en cours pour la seconde année consécutive. Le principe est simple : lire de la littérature qui fait peur jusqu’à Halloween. Il n’en fallait pas plus pour me convaincre, moi qui suis friande de fantastique, science fiction et autres joyeusetés de ce type. C’est donc en toute logique que je débute cette période par un petit Stephen King, car tout le monde sait dorénavant à quel point j’aime cet auteur d’un amour démesuré.

Si vous voulez trembler pendant les longues nuits à venir, bien calé au fond de votre lit, son dernier recueil de nouvelles est tout désigné pour vous. Nuit noire, étoiles mortes est un pur concentré de peur, de terreur et de sueurs froides. Il se découpe en quatre nouvelles, à savoir : 1922Grand ChauffeurExtension claire, et Bon Ménage. Notez que j’ai lu l’édition Albin Michel datant de Mars 2012, qui ne contient que les histoires susmentionnées. Par contre, les éditions Le livre de poche ont réédité ce même recueil en Mai 2014, avec une nouvelle supplémentaire intitulée À la dure. N’ayant pas encore eu le temps de me procurer cette dernière, il n’en sera pas question dans ce billet.

1922

En 1922, Wilfred Leland James, fermier dans le Nebraska, tente par tous les moyens de convaincre sa femme Arlette de ne pas vendre son lopin de terre à un abattoir industriel. Arlette, déterminée à s’installer à Omaha, ne veut rien entendre malgré l’intervention de son fils Henry. Wilfred commet alors l’irréparable, et assassine sa femme avec la complicité récalcitrante de son fils. Si le meurtre et la dissimulation du cadavre se passent sans anicroche ou presque, Wilfred ne parviendra pas à sauver sa ferme et ce qu’il reste de son foyer. Que ce soit à travers une vengeance post-mortem ou une culpabilité dévorante, cet acte sonnera la fin des jours prospères et heureux.

Bienvenue dans cette histoire effroyable, qui sent bon l’Amérique profonde, la terre, et la poussière. Empreinte d’un réalisme saisissant, Stephen King y jongle parfaitement entre fait divers et événement surnaturel terrifiant. Sans trop vouloir en dévoiler, pour ne pas gâcher votre plaisir, la grande force de cette nouvelle réside dans l’ambiguïté de son personnage principal. À la lecture du synopsis, tout laisse à penser que Wilfred n’est qu’un psychopathe de plus. Hors, une fois plongé dans son quotidien pré-assassinat, le lecteur comprend rapidement que le psychopathe n’est pas vraiment là où il semblait être. Arlette, sa femme, est une véritable connasse, qui prend un malin plaisir à faire souffrir son pauvre mari. Elle est tellement détestable que l’on en vient à souhaiter, et à applaudir, le passage à l’acte de Wilfred. Malheureusement, même dans la mort elle ne lui accordera aucun repos, et le pauvre bougre va sombrer petit à petit dans un monde d’horreur et d’effroi. Une seule idée nous hante alors, vit-il réellement ce qu’il prétend ou est-il devenu fou ? Telle est toute la question…

Grand Chauffeur

Tess, écrivain modeste vivant confortablement de son activité, se rend à une séance de dédicace dans le Massachusetts. Lors de son retour par une route peu fréquentée, sa voiture se retrouve bloquée près d’une aire déserte. Ne trouvant pas d’autres solutions, elle demande de l’aide à un chauffeur qui passe par là. Mais ce chauffeur, très grand et patibulaire, ne se trouve pas dans cette zone par hasard. Violée et étranglée sauvagement, Tess parvient malgré tout à survivre à l’insu de son agresseur. Une fois en sécurité, elle se rend compte que cette funeste rencontre a été planifié, et est alors bien décidée à se venger.

Deuxième nouvelle du recueil, elle se distingue tout particulièrement par le malaise qu’elle réveille chez le lecteur. Pourquoi ? Parce que l’histoire qui se déroule sous nos yeux est malheureusement trop habituelle. Une femme violée, agressée de la plus abominable des façons, puis laissée pour morte par un type aussi repoussant que dérangé, c’est une sordide histoire similaire en tout point à ce que peuvent vivre beaucoup de femmes de nos jours. Les mots de King sont crus, et la description des événements ne laissent que peu de place à l’imagination. Le calvaire de Tess devient littéralement le calvaire du lecteur. Mais cette agression, qui ne semblait découler que d’un banal concours de circonstances, s’avère être une machination bien plus complexe et personnelle. Tess le découvre quelques jours après l’événement, et ne se donne dès lors d’autres buts que celui de se venger. Coûte que coûte. Quitte à y laisser sa vie s’il le faut. À travers son parcours pour y parvenir, Stephen King nous démontre que l’inacceptable peut parfois devenir acceptable.

Extension claire

Atteint d’un cancer, et maladivement jaloux de la réussite de son « meilleur » ami Tom Goodhugh, Dave Streeter fait la rencontre de George Dabiel et lui confie ses sombres pensées. Celui-ci lui indique qu’il vend des extensions : extension de crédit, d’hypothèque… et même extension de vie. Cependant, le prix à payer en retour peut être terrible. Mais le malheur des uns fait le bonheur des autres, et après avoir observé le spectaculaire transfert de chance entre lui et Tom, Dave ne peut que se féliciter en son for intérieur de l’extension qu’il a contracté.

De tout le recueil, cette nouvelle est sans conteste la moins effrayante, mais c’est aussi la plus drôle ! Stephen King s’est véritablement lâché lors de son écriture, et l’humour de l’auteur ressort tout particulièrement. C’est une histoire cynique, qui démontre bien toute l’imbécillité et l’égoïsme dont sait faire preuve l’Homme tout au long de sa vie, et aussi une satire assez juste de notre société où l’herbe nous paraît toujours plus verte dans le pré du voisin. La preuve, Dave Streeter n’est pas un simple cancéreux jaloux de la bonne santé de son meilleur ami. Non… Streeter est un homme envieux et jaloux de tout ce qui définit ledit meilleur ami ! Entre autres choses, Tom est plus beau, Tom est meilleur en sport, Tom a un meilleur boulot, mais surtout Tom a épousé l’amour de jeunesse de Dave. Vous l’aurez compris, le cancer ne sert que de faire-valoir à une jalousie bien plus profonde que cela. Du coup, lorsque Streeter va avoir l’occasion d’échanger sa poisse avec la chance innée de Tom, il ne va pas se faire prier. King nous dépeint alors la déchéance de Tom, avec un humour noir et grinçant, pendant que Dave reprend du poil de la bête. Mais ce dernier finira-t-il par payer le tribu de cette nouvelle vie ? Je vous laisse le découvrir.

Bon ménage

Darcy Anderson vit en couple avec Bob depuis plus de vingt ans. Malgré quelques écueils, elle est on ne peut plus satisfaite de son mariage. Du moins jusqu’au jour où elle découvre quelques secrets de son mari, des secrets ayant un lien avec le tueur en série Beadie, qui défraie la chronique depuis près de trente ans. Bob lui fait jurer de ne rien dire. Mais il n’est pas le seul à pouvoir dissimuler des meurtres, et il ne l’apprendra que trop tard à ses dépens.

La terrifiante histoire d’une femme mariée depuis 27 ans, qui découvre que son mari est en fait un serial killer actif de très longue date. Ambiance ! King soulève ici la question des proches ayant vécu de longues années aux côtés de tueurs et autres sociopathes, sans jamais s’être doutés un seul instant de ce qui se tramait. La scène où Darcy découvre les preuves est totalement glaçante, en plus d’être criante de vérité. Comment cette femme aimante, dont la vie de famille était totalement ordinaire, a pu passer à côté de tous ces détails qui clochaient ? C’est à cette question qu’elle va tâcher de répondre. Elle commence alors à recouper toutes les excuses de son mari, les incidents « mineurs », les événements secondaires, tout ce qui est finalement étroitement liés aux cadavres laissés derrière lui. Et lorsque sa culpabilité finit par ne plus faire aucun doute, Darcy se retrouve face à un dilemme moral. Que faire de ses conclusions ? Les ignorer ? Dénoncer son mari qui après tout n’a toujours été qu’amour avec elle ? Stephen King nous immerge dans la tête de cette gentille ménagère, dont la vie bascule finalement pour une simple histoire de piles.

Nuit noire, étoiles mortes est un véritable bijou, et pourtant je n’étais pas particulièrement fan du format « nouvelle » jusque là. Le fantastique et le surnaturel n’ont finalement que bien peu de place au sein de ces quatre récits. L’auteur nous fait plutôt voyager dans les tréfonds de l’âme humaine, vers le côté obscur qui sommeille en chacun de nous ! Du début à la fin, il veut nous amener à la réflexion sur une interrogation très simple: « Et vous, vous auriez fait quoi dans cette situation ? ». Frissons garantis.

L'auteur : Morrigane

Myopathe trentenaire dévergondée • Vieille étudiante en Lettres Modernes • Autrice • Rédactrice & CM freelance • Blogueuse #PopCulture #Écriture #Lifestyle • Gameuse à mes heures perdues
Laisser un commentaire