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[Critique] Pétronille, le Nothomb pétillant cuvée 2014

Les personnes qui me connaissent savent que je ne suis pas une grande fan de la romancière Amélie Nothomb. Ma dernière expérience la concernant, avec le roman Barbe Bleue, n’avait d’ailleurs pas été des plus inoubliables. Quelque peu échaudée, je m’étais jurée de ne pas m’y laisser reprendre. Mais il ne faut jamais dire jamais…
En cette période de rentrée littéraire 2014, le dernier né nothombien ouvre le bal, réglé comme du papier à musique. Soudainement habitée par une envie folle d’aventure livresque, j’ai décidé de lâcher mes Stephen King et Maxime Chattam, pour me concentrer à nouveau sur le dernier né de cette chère Amélie : Pétronille. N’en attendant pas grand-chose, je pensais me confirmer, une fois de plus, que cette auteur était largement surestimée. Mais force est de reconnaître que cette fois-ci, j’ai été très agréablement surprise.

L’HISTOIRE DE PÉTRONILLE

Nous sommes en 1997. Amélie, jeune romancière à succès, vient de s’installer à Paris. Passionnée par le champagne, elle s’aperçoit lors d’une dégustation personnelle qu’il lui manque un(e) « convigne ». Lassée de vivre ces moments d’ivresse en solitaire, elle se met en quête de la personne idéale pour former le duo rêvé de beuverie. C’est finalement lors d’une séance de dédicace qu’elle la trouve, en la personne de Pétronille. Cette dernière, lectrice assidue d’Amélie, se trouve en fait être une correspondante de longue date. N’ayant fait qu’échanger par courrier, mais ne s’étant jamais rencontrées en personne, les deux femmes ne tardent pas à sympathiser. S’ensuit alors une tranche de vie de leur amitié loufoque, entre champagne, montagne, et excursion londonienne.

UN STYLE FLUIDE ET LÉGER

Jusqu’à aujourd’hui, je lui reprochais d’avoir perpétuellement recours à un trop plein d’envolées vocabularistiques. J’avais par exemple trouvé Barbe Bleue follement indigeste. Avec Pétronille, nul besoin de paracétamol pour contrer un éventuel mal de crâne. Le style est frais, fluide, totalement maîtrisé. L’auteur sait mêler habilement langage soutenu et langage courant, ce qui donne d’ailleurs parfois lieu à de sacrés moments de franches rigolades. Cerise sur le gâteau, les dialogues entre Amélie et Pétronille sont d’un dynamisme à toute épreuve. Les deux femmes sont tellement différentes, dans leurs façons d’appréhender la vie, que le fossé les séparant devient le fer de lance d’échanges tout aussi absurdes que savoureux.
De nombreuses scènes extravagantes donnent le ton. Une rencontre haute en couleur avec Vivienne Westwood, ou encore une séance de ski champagne à la main. Les rires se succèdent pour nous, lecteurs, et je dois bien admettre que c’est très agréable. Le roman se transforme presque intégralement en comédie, pour notre plus grand bonheur.

ENTRE FICTION ET RÉALITÉ

La grande force de ce livre se trouve dans son mélange des genres. Tout est fait pour nous laisser croire qu’il s’agit d’une période autobiographique. La narratrice se trouve être Amélie elle-même, et la plupart des éléments qu’elle nous livre coïncident avec la réalité. Le cynisme dont elle fait preuve à l’égard de son métier est désopilant, et sonne véritablement comme une critique bien réelle de l’auteur. Son personnage principal, Pétronille, n’est elle-même autre que la version romancée de Stéphanie Hochet, grande amie connue d’Amélie Nothomb. Le doute n’est pas permis puisque Pétronille écrit deux romans intitulés Vinaigre de miel et Je ne sens pas ma force, là ou la seconde (la vraie) a publié Moutarde douce et Je ne connais pas ma force. Tout au long du livre, le lecteur oscille entre cette demi fiction/réalité, se demandant finalement sans cesse où se trouve la limite. Quant à la chute de l’histoire, rocambolesque à souhait, elle est à l’image de son auteur.

LE MOT DE LA FIN

L’essai aurait été parfait si je ne lui reprochais pas sa brièveté. Consciente que Nothomb s’en est fait une spécialité, comme Barbe Bleue en témoigne, je n’aurais aucun problème avec cela si le prix était cohérent. Malheureusement, j’estime qu’à 16.50€ les 180 pages, cela revient à se moquer des lecteurs. J’ai lu ce livre en deux heures, chronomètre en main, pas une minute de plus. C’est d’autant plus dommage que, malgré une histoire pétillante et rafraîchissante, l’expérience laisse un léger goût amer. Malgré tout, si ce n’est pas un problème à vos yeux ou si vous avez l’opportunité de le trouver d’occasion, je vous le conseille. Vous passerez un excellent moment, léger et déjanté, qui conclura parfaitement votre été.

L'auteur : Morrigane

Myopathe trentenaire dévergondée • Vieille étudiante en Lettres Modernes • Autrice • Rédactrice & CM freelance • Blogueuse #PopCulture #Écriture #Lifestyle • Gameuse à mes heures perdues
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