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[Critique] La Planète des Singes : l’affrontement

Et non, vous ne rêvez pas ! J’amorce mon grand retour ici avec LE film que j’attendais depuis près de trois longues années. Je parle, vous l’aurez compris avec le titre du billet, de La Planète des Singes : l’affrontement. Réalisé par Matt Reeves, à qui l’on doit aussi Cloverfield, il s’agit du second volet d’une trilogie annoncée. Faisant suite à l’excellent La Planète des Singes : les origines, sorti en 2011 et accueilli très favorablement par le public, ce deuxième film était attendu au tournant. Alors, notre attente a-t-elle été récompensé ? C’est ce que l’on va découvrir.

Faisons un rapide retour en arrière, pour bien situer dans quel contexte débute ce second film. La Planète des Singes : les origines posait les bases de l’histoire, et nous présentait un jeune scientifique, Will Rodman (James Franco), vivant à San Francisco et élément déclencheur de l’avènement des singes. Ce dernier, tentant de développer un remède contre la maladie d’Alzheimer, inoculait avec son équipe un rétrovirus sur des cobayes chimpanzés. Malheureusement, personne n’avait anticipé les effets secondaires possibles, et ces derniers ne se firent pas attendre. Les singes développèrent rapidement des facultés intellectuelles hors normes. Des facultés proches, trop proches, de celles des hommes. Ce qui devait arriver arriva, et l’un d’entre eux, une femelle, se révolta. Abattue par les employés, elle scella le destin des autre primates du laboratoire qui furent euthanasiés. L’histoire aurait donc pu s’arrêter là, si un nouveau-né n’avait pas survécu à ce massacre, grâce à l’intelligence de sa mère. Cette dernière, qui n’était autre que la femelle rebelle, avait mis bas dans sa cage sans que personne ne remarque quoique ce soit. Après sa mort, Will découvrit le petit et le recueillit pour lui éviter le pire. Intelligent naturellement grâce aux aptitudes transmises par sa mère, César grandit alors dans un foyer humain, élevé quasiment comme un enfant. Will et lui développèrent l’un pour l’autre une très forte amitié, voire même un véritable amour père/fils. Malheureusement, après de nombreuses années sans problèmes, Will fut contraint par la justice de placer son ami dans un refuge pour primates. Ce dernier, déprimé, se rapprocha alors de ses congénères maltraités par le staff de l’endroit, pendant que Rodman se battait pour le récupérer. Un soir, César trouva le moyen de s’échapper quelques heures, et récupéra les échantillons du rétrovirus ALZ-113 stockés chez Will. Après les avoir utilisés sur ses acolytes, ces derniers devinrent tous aussi intelligents que lui. Ils s’échappèrent du refuge, et décidèrent de libérer leurs semblables partout en ville : zoo, cirque etc. En parallèle, Franklin, l’un des chercheurs du laboratoire, découvrit à ses dépens la dangerosité du rétrovirus pour l’homme. En tentant de rejoindre Rodman pour l’avertir, il contamina sans le savoir un pilote de ligne. Finalement, il mourut avant d’avoir pu en parler à qui que ce soit. Le film nous laissait alors après un affrontement terrible entre les hommes et les singes, sur fond de virus ALZ-113, mortel pour les hommes, et s’apprêtant à se répandre dans le monde entier.

La Planète des Singes : l’affrontement ne reprend pas directement après le premier volet. Il s’est passé 10 ans depuis les événements tragiques qui avaient conclu ce dernier. Le film nous plonge dans un univers post-apocalyptique, où la nature commence à reprendre ses droits sur les anciennes constructions des hommes. C’est ainsi que nous découvrons le Golden Bridge, les routes, et de nombreux buildings, en partie recouverts par des herbes et autres plantes. Les singes ont établi leur communauté dans la forêt de Muir Woods, bordant la ville de San Francisco. Ils sont organisés en quasi-société, et communiquent entre eux principalement avec la langue des signes, bien qu’ils soient doués de la parole. L’Homme a quant à lui presque disparu de la surface de la Terre, suite à la pandémie mondiale dû au fameux rétrovirus ALZ-113. Il ne reste qu’une poignée de personnes, immunisés naturellement, et tentant de survivre tant bien que mal sans le confort d’antan. Les hommes n’ont jamais réentendu parlé des singes, et inversement réciproque, comme nous l’apprend d’entrée de jeu une discussion entre César et l’un de ses congénères. Hélas, cette paix durable entre les deux camps ne va pas se prolonger très longtemps, puisque la situation se gâte très vite. Lors d’une rencontre impromptue sur le territoire des singes, un petit groupe d’hommes panique et abat l’un des primates. L’atmosphère change alors brusquement, avec l’arrivée sur les lieux de la quasi-totalité des simiens, et de leur chef César. Connaissant bien l’humanité pour avoir vécu avec elle, il épargne leurs vies malgré les protestations de ses sujets. Malheureusement, cette rencontre signe le début d’une division progressive, aussi bien chez les hommes que chez les singes, qui va tous les mener à l’affrontement.

Ne vous attendez pas à ce qu’il soit uniquement question d’une simple guerre entre deux espèces. Les choses sont en fait beaucoup plus compliquées que cela. Les protagonistes de chaque communauté, et le contexte qui les amènent à la guerre, tout est posé et expliqué avec minutie. Le réalisateur nous livre un vrai travail de fond, psychologique, qui ne laisse pas indifférent. Chaque camp est divisé entre ceux qui veulent maintenir une paix durable, et ceux qui veulent anéantir le clan adverse.
Du côté des hommes, Malcolm (Jason Clarke) fait tout ce qui est en son pouvoir pour maintenir la diplomatie avec les singes. Quitte à se mettre en danger. Chez les primates, César se démène pour faire accepter les hommes à sa tribu, conscient que certains ont un fort désir de vengeance vis à vis du passé. Tous deux font face à des oreilles attentives mais aussi à des protestataires dangereux. La symétrie est parfaite entre les hommes et les singes, extrêmement proches dans leur façon d’appréhender les événements. Chaque groupe a ses peurs, ses motivations, et ses rancœurs, mais tous sont habités par le même sentiment. L’instinct de survie. En tant que spectateurs, nous savons tout au long du film que cette histoire va mal se terminer, et nous ne pouvons que regretter ce qui se déroule sous nos yeux. L’immersion est totale.
À l’arrivée, l’affrontement annoncé dans le titre ne survient qu’après plusieurs jours de tensions, et de faux-pas des deux camps. Il ne relève finalement que des scissions internes à chaque race. Chacune ayant été incapable de s’entendre unanimement sur la conduite à tenir face à l’autre.

César, le leader des singes, est sans conteste l’atout majeur de ce film. Le spectateur prend d’emblée fait et cause pour lui. Fort du souvenir émouvant qu’il a laissé suite au premier volet, il éclipse totalement les protagonistes humains, en écrasant tout par son charisme et sa personnification à l’extrême. Nous n’avons pas seulement à faire à un chef pour sa communauté, nous avons aussi face à nous un sauveur. Grâce à lui, les singes sont libres et intelligents aujourd’hui. Son groupe le sait parfaitement, et c’est pour cette raison qu’il est aussi respecté, presque vénéré. César n’est plus un simple animal. Il est plus homme que les véritables hommes. Il sait faire fi de ses rancœurs pour ne garder que le meilleur. Il est doué de réflexion, et comprend précisément tous les tenants et aboutissants de la situation. Il vit les mêmes sentiments que nous, la joie, la peine, la peur même. Il se rappelle aussi avec tendresse, et nostalgie, de ses années passées au côté de Will qu’il n’a plus jamais revu. Cette scène, terriblement poignante, témoigne d’ailleurs de toute la complexité du personnage. Complexité qui atteindra son paroxysme lorsqu’il comprendra que, finalement, les singes ne valent pas forcément mieux que les hommes. La prouesse technologique, qui a permis de le créer, rend le tout encore plus fort. Les expressions de son visage, sa démarche, sa stature, tout est absolument bluffant. Il s’agit sans conteste, en tout cas à mes yeux, du personnage le plus marquant rencontré dans un film depuis très longtemps.

Les autres personnages primates sont également bien présents, mais ils ne parviennent pas à sortir de l’ombre de leur chef. Koba, guidé par sa haine vengeresse envers les hommes, n’est finalement pas très profond et ne propose rien de plus que les apparences. Yeux Bleus, le fils de César, est mignon à souhait mais terriblement naïf et influençable. Il s’efface totalement derrière son père et Koba. Maurice est le seul qui parvient à tirer son épingle du jeu. Ancien Orang-outan de cirque, il aurait toutes les raisons du monde d’en vouloir aux hommes. Pourtant, il n’a aucun grief contre eux, et va même se lier d’amitié avec le fils de Malcolm. Les personnages humains sont quant à eux vraiment trop faibles et souvent stéréotypés. Les « méchants » sont bornés et bêtes à manger du foin. La fiancée du héros est gentille, mais un peu cruche. Le fils du héros, à la limite de l’autisme au début du film, s’épanouit plus au contact des singes que de ses semblables. Seul le personnage principal, Malcolm, fait preuve d’une plus grande complexité. Malgré tout, il n’est pas sans rappeler Will par certains côtés, et ce n’est pas l’amitié qui s’est nouée entre lui et César qui aide à se détacher de cette impression… Je vous épargne les petites incohérences scénaristiques, ou facilités devrais-je dire, qui n’ont finalement pas grande importance et n’enlèvent rien à la qualité du film.

Si je n’avais qu’un conseil à vous donner, ce serait de courir le voir au cinéma. Il est préférable d’avoir vu le premier volet pour bien comprendre toute la complexité de César notamment, mais vous devriez réussir à suivre même si ce n’est pas le cas.
Visuellement, c’est un petit chef d’oeuvre, et les nombreuses scènes d’action doivent être vues au moins une fois sur grand écran. Sans être dépourvu de défauts, c’est un film puissant et très émouvant, qui offre toute une palette d’émotions à expérimenter d’urgence. Et croyez-moi, après ce film vous ne verrez plus les singes comme avant.

L'auteur : Morrigane

Myopathe trentenaire dévergondée • Vieille étudiante en Lettres Modernes • Autrice • Rédactrice & CM freelance • Blogueuse #PopCulture #Écriture #Lifestyle • Gameuse à mes heures perdues
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